S’engager auprès des jeunes en difficulté scolaire : votre expérience au service d’une génération

9 janvier 2026

Pourquoi accompagner les jeunes en difficulté scolaire ?

Des chiffres qui parlent :

  • Selon la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), en 2022, environ 20 % des élèves entrant en 6e présentent des “difficultés sévères ou très sévères” en compréhension de l’écrit (Source : éducation.gouv.fr).
  • En 2023, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) classe la France parmi les pays où les inégalités scolaires persistent, notamment dans les quartiers populaires (Source : OCDE).
  • Le décrochage scolaire concerne près de 80 000 jeunes chaque année en France (Source : Ministère de l’Éducation nationale).

Ces chiffres, loin d’être de simples statistiques, racontent aussi un paysage quotidien dans lequel chacun, à son échelle, peut faire la différence. La proximité, la disponibilité et la transmission intergénérationnelle sont des leviers puissants pour soutenir ces jeunes.

Quels freins rencontrent les jeunes ?

Avant toute démarche, mieux cerner la réalité des jeunes du quartier est essentiel. Les causes des difficultés scolaires sont diverses :

  • Manque de confiance : peur de l’échec, sentiment d’infériorité parmi les pairs.
  • Isolement : absence de soutien familial, parents peu disponibles ou non francophones.
  • Difficultés matérielles : logement surpeuplé, manque d’accès à internet ou à un environnement propice au travail.
  • Souffrance scolaire : humiliation, harcèlement, ou effets de la stigmatisation liée à un niveau scolaire jugé “faible”. Selon la Fondation Jeunesse, les élèves issus de milieux modestes sont 1,8 fois plus exposés à ces risques.

Ces constats ne sont pas des fatalités. Parfois, il suffit d’une oreille attentive ou d’une rencontre pour enclencher un changement durable dans le parcours d’un jeune.

Retraité·es : une richesse insoupçonnée pour l’accompagnement scolaire

Loin des idées reçues, la retraite est une période où l’on dispose de ressources précieuses :

  • Plus de temps : pour s’adapter au rythme du jeune, prendre le temps d’expliquer, ou simplement écouter.
  • Expérience professionnelle : tous les métiers (comptabilité, artisanat, enseignement, gestion, santé…) sont porteurs de compétences transférables.
  • Savoir-être : patience, écoute, recul, goût pour la pédagogie informelle.
  • Réseaux locaux : accroître l’ancrage dans le quartier et renforcer le tissu social, en rencontrant d’autres acteurs de l’éducation populaire.

Comment s’engager concrètement ?

Repérer les besoins

Pas besoin de chercher loin : la plupart des quartiers disposent de structures qui recherchent des bénévoles. Les besoins sont multiples, allant de l’aide aux devoirs à l’accompagnement plus global (préparation aux examens, soutien à la lecture, ateliers de méthodologie ou d’expression orale).

  • Mairies et CCAS : proposent souvent des dispositifs d’accompagnement scolaire.
  • Écoles et collèges : les enseignants repèrent régulièrement les jeunes en difficulté.
  • Associations locales : ATD Quart Monde, Secours Populaire, ZUPdeCO, Apprentis d’Auteuil, l’AFEV… Beaucoup travaillent au plus près des familles.
  • Bibliothèques et centres sociaux

Bon réflexe : Prendre contact directement, ou consulter les plateformes telles que France Bénévolat (Lien) ou Tous Bénévoles.

Adapter son accompagnement

Il n’existe pas de “recette magique”. Chaque jeune a son histoire. Voici quelques grandes approches éprouvées :

  • Accompagnement individuel : séances régulières de tutorat à domicile ou dans un local associatif.
  • Soutien collectif : groupes de 2 à 5 élèves, échanges autour d’un même sujet (projet, révision, lecture).
  • Ateliers ludiques : jeux de rôle, quiz, ateliers scientifiques ou d’écriture créative pour relancer l’envie d’apprendre.
  • Mentorat : suivi sur le plus long terme, partage d’expérience, orientation et conseils pour l’avenir professionnel ou la confiance en soi (le programme “Mentorat pour tous” de l’AFEV touchait ainsi plus de 35 000 jeunes en 2022 seulement).

Quelques clés pour un accompagnement réussi

  • Valoriser les progrès, même petits. Rien n’est plus motivant que d’être reconnu dans ses efforts.
  • Installer une relation de confiance. La régularité (une à deux fois par semaine) facilite les échanges authentiques.
  • Rester humble : chaque jeune est différent, et parfois, malgré les efforts, tout ne se résout pas immédiatement. L’essentiel est de “faire avec” lui, à son rythme.
  • Ne pas hésiter à se former : De nombreuses associations proposent des temps d’accueil et des formations adaptées aux bénévoles, pour mieux comprendre les difficultés spécifiques et adopter les bons outils (l’outillage pédagogique d’ATD Quart Monde est souvent cité en exemple).

Des idées d’actions concrètes

  • Créer un mini-club de lecture dans sa résidence : partager la lecture à voix haute, découvrir des histoires, échanger autour des thèmes abordés. Selon l’étude PIRLS 2021, 1 élève sur 4 a des difficultés à lire couramment en CM1. Tout coup de pouce est bénéfique.
  • Proposer un temps “devoirs partagés” en pied d’immeuble : certains bailleurs sociaux favorisent la mise à disposition de salles communes le soir ou le week-end.
  • Organiser des ateliers découverte : partager son expertise (souvenirs de métier, bricolage, expériences scientifiques simples, gestion d’un petit budget, cuisine…), les jeunes adorent apprendre “dans la vraie vie”.
  • Devenir “parrain” ou “marraine” d’un jeune de son quartier via des dispositifs existants (Programme Mentor, écoles, associations).
  • Initier à la culture : sortie au musée, visionnage de films suivis de débats – tout prétexte à ouvrir l’horizon est bon à prendre.

L’importance de l’empathie, de la bienveillance… et d’une dose de patience

L’accompagnement scolaire, surtout dans la proximité, ne se limite pas à transmettre des “connaissances”. Il s’agit souvent, d’abord, d’écouter, de redonner confiance, et d’encourager. Selon une enquête de la Fondation Apprentis d’Auteuil (2022), plus de 60 % des jeunes accompagnés disent avoir progressé non seulement dans le scolaire, mais aussi dans leur rapport à soi et aux autres.

Parfois, il suffit d’un adulte qui croit en eux : “C’est vous qui m’avez persuadé que j’étais capable de réussir mon brevet”, témoignait Louis, 15 ans, accompagné pendant deux ans à la maison de quartier. Derrière la réussite scolaire, il y a souvent une réussite humaine.

Rejoindre des collectifs pour démultiplier son impact

Une démarche individuelle peut vite devenir contagieuse. En rejoignant d’autres bénévoles, on se nourrit, on s'entraide et on apprend :

  • Partage d’astuces : chaque retraité·e a ses “trucs” pour rendre une leçon vivante ou dédramatiser les difficultés.
  • Soutien moral : certains moments sont moins simples, l’échange entre pairs aide à garder la motivation.
  • Construction de projets à plusieurs : ateliers communs, mini-événements, ou coordination avec les équipes éducatives locales.

Quelques ressources pour démarrer

  • France Bénévolat : plate-forme de mise en relation et d’accompagnement pour tout type de mission.
  • ZUPdeCO : soutien scolaire en ligne ou sur site, très présent dans les quartiers urbains.
  • AFEV : mentorat de jeunes par des adultes (étudiants, actifs, retraités).
  • Apprentis d’Auteuil : dispositifs d’accompagnement globaux pour les jeunes en difficulté.
  • Le Livre Scolaire : ressources éducatives gratuites en ligne, pour rafraîchir ou compléter ses outils d’accompagnement.

Une nouvelle étape, de nouveaux horizons

Accompagner des jeunes de son quartier en difficulté scolaire, c’est bien plus qu’apporter une aide sur une leçon ou un exercice. C’est ouvrir une porte, celle où chaque génération peut marcher côte à côte, apprendre l’une de l’autre, et se rappeler que la solidarité intergénérationnelle est non seulement féconde, mais aussi source de joie. La retraite ne marque pas la fin de l’utilité sociale, elle en change la forme. Emparez-vous-en, là où vous êtes, à la mesure de vos envies et possibilités. Les plus belles rencontres parfois naissent… dans une salle de quartier, autour d’un cahier.

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