Retraités actifs : un atout essentiel pour les associations caritatives

29 septembre 2025

L’engagement associatif : clé de voûte d’une société solidaire

Avant de détailler la place spécifique des retraités, prenons la mesure de ce que représente l’action associative en France. Le secteur associatif, fort de près de 1,5 million d’associations et de 21 millions de bénévoles (source : France Bénévolat, chiffres 2023), incarne le cœur battant de la solidarité nationale. Que ce soit dans la lutte contre la pauvreté, l’aide alimentaire, la culture, l’écologie, l’accompagnement des personnes isolées ou la santé, ces structures remplissent des missions souvent difficilement prises en charge par l’État.

Or, près de 23 % des Français de plus de 65 ans sont engagés dans le bénévolat régulier, un taux supérieur à la moyenne nationale tous âges confondus (20,1 % – Baromètre France Bénévolat-IFOP 2023). Les retraités représentent ainsi une force tranquille, silencieuse mais inestimable, pour la vitalité des associations.

Pourquoi les associations caritatives sollicitent-elles tant les retraités ?

Le besoin des structures associatives de compter des retraités actifs n’est pas un hasard. Plusieurs raisons concrètes expliquent cette attente :

  • Disponibilité : libérés des contraintes professionnelles, les retraités peuvent s’impliquer de façon régulière, y compris en journée ou sur de plus longues plages horaires.
  • Expertise et compétence : parcours professionnels variés, savoir-faire pointus, expérience du travail en équipe, compétences en gestion, en logistique, en comptabilité, en communication… Leur carrière passée devient une ressource pratique pour des associations souvent limitées en moyens et en formation.
  • Stabilité et fidélité : les retraités restent généralement engagés sur la durée, alors que le turn-over des plus jeunes bénévoles est souvent plus élevé.
  • Capacité de transmission : ils occupent naturellement un rôle de mentors, encadrant et formant de nouveaux bénévoles, transmettant la « culture associative » et la mémoire collective de la structure.

Des chiffres éloquents : le rôle croissant des seniors dans l’engagement bénévole

Si le secteur associatif français ne tient pas sans retraités, ce n’est pas qu’une impression : les chiffres sont parlants. 

  • Les plus de 60 ans effectuent 35 % du total des heures de bénévolat en France, alors qu’ils forment moins d’un quart de la population totale (Insee, 2022).
  • Près de 50 % des présidences d’association (tous secteurs confondus) sont tenues par des personnes ayant dépassé l’âge de la retraite (données Le Mouvement Associatif, 2022).
  • Selon le rapport annuel des Restos du Cœur, sur 73 000 bénévoles en 2022-2023, plus de la moitié sont des retraités.

Ce phénomène n’est pas que français : à l’échelle européenne, le bénévolat senior est reconnu comme une des voies majeures d’inclusion sociale et de solidarité intergénérationnelle (Eurofound, 2021).

Talents et qualités des retraités : une richesse insoupçonnée pour l’associatif

Des parcours qui font la différence

Le monde professionnel forge des expertises uniques : gestion de projets, organisation d’équipes, sens des responsabilités, maîtrise des outils numériques ou traditionnels, réseau construit au fil des ans… Dans le secteur caritatif, où chaque euro compte et où la polyvalence est de mise, cette expérience s’avère précieuse. Un·e ex-chef·fe d’entreprise peut s’occuper du pilotage d’opérations logistiques, un·e ancien·ne infirmier·e prendra en charge le suivi médical ou la formation, un·e retraité·e de l’éducation aidera à l’accompagnement scolaire des enfants défavorisés…

  • Structurer et professionnaliser l’action : Les initiatives menées main dans la main avec des retraités sont souvent plus organisées et pérennes. De nombreux organismes, à l’image de la Croix-Rouge ou du Secours Catholique, reconnaissent leur rôle dans la création de pôles locaux, la consolidation des équipes bénévoles, ou encore le montage de partenariats avec des acteurs publics ou privés.
  • Approche bienveillante : Le recul, l’écoute et la disponibilité des retraités apportent du liant et de l’humanité au sein des équipes de bénévoles, composées souvent de profils très divers. Leur empathie et leur patience sont mises à profit auprès des usagers eux-mêmes.

Associations caritatives : des besoins très concrets

Les structures de solidarité recherchent sans cesse de nouveaux profils pour relever les défis quotidiens. Quelques secteurs typiques :

  • Accompagnement de personnes fragiles : visites à domicile des personnes âgées isolées (ex : Les Petits Frères des Pauvres), missions d’accompagnement lors de rendez-vous médicaux, aide administrative ou informatique à la population senior.
  • Distribution alimentaire et logistique : collecte, tri, gestion de stocks ; organisation de distributions, gestion de la traçabilité, planification logistique, etc.
  • Mentorat et transmission : tutorat de jeunes de quartiers, accompagnement scolaire, transmission de savoir artisanaux ou techniques.
  • Gouvernance : présence dans les conseils d’administration, gestion budgétaire, prise de responsabilités (présidence, secrétariat, trésorerie).

L’engagement, une expérience bénéfique : pour l’association comme pour le retraité

Le don du temps et des compétences se traduit par un double avantage : la société bénéficie de la force vive des seniors, et ces-derniers trouvent dans l’engagement un nouveau projet de vie, très structurant. Plusieurs études démontrent, par exemple, que le bénévolat aide à lutter contre le sentiment d’isolement ou de dévalorisation post-retraite (France Bénévolat, étude 2022). Il est aussi associé à une meilleure santé physique et mentale (The Journals of Gerontology, 2021).

  • Sentiment d’utilité sociale
  • Maintien d’un réseau social actif
  • Développement de nouvelles compétences, même à la retraite
  • Satisfaction de “faire sa part” dans la société

À noter : l’engagement associatif peut être vécu comme un espace d’expérimentation, moins normé que le monde du travail : test d’un autre rythme, ouverture à d’autres milieux sociaux, mise au service vers des causes choisies et non subies.

Quels freins à lever pour mobiliser davantage de retraités ?

Si les retraités sont largement présents dans les associations, ces dernières constatent néanmoins plusieurs difficultés à renforcer leur mobilisation :

  1. Crainte de l’engagement contraignant : de nombreux seniors hésitent par peur d’être trop sollicités ou de voir leur liberté entamée. Or, l’engagement associatif est de plus en plus “à la carte” : missions ponctuelles, télébénévolat, temps d’implication modulable…
  2. Méconnaissance de l’offre associative : près d’un tiers des jeunes retraités déclarent ne pas savoir à quelle porte frapper pour proposer leur aide. Les plateformes comme France Bénévolat, JeVeuxAider.gouv.fr ou ProBonoLab facilitent désormais la mise en relation.
  3. Auto-censure ou sentiment d’incompétence : ils sont nombreux à estimer ne rien pouvoir apporter d’utile. Pourtant, l’expérience de vie, l’écoute, l’accompagnement, le relationnel, la disponibilité, sont autant de talents recherchés.

Faciliter la découverte des missions, réenchanter l’idée de transmettre, valoriser les apports des “nouveaux seniors” : voici des leviers clés pour élargir leur présence et rendre l’engagement pleinement accessible, sans pression ni culpabilité.

Des idées concrètes pour s’engager 

Envie de franchir le pas ? Quelques pistes pour découvrir la diversité des besoins :

  • Participer à la distribution alimentaire auprès des Banques Alimentaires, Restos du Cœur ou Secours Populaire.
  • Devenir “veilleur/veilleuse” auprès d’une association de visites à domicile (ex : Les Petits Frères, Société de Saint-Vincent-de-Paul).
  • Mettre son expérience au service d’un conseil d’administration, ou accompagner des petites associations dans leur gestion (ex : réseau Passerelles & Compétences).
  • Aider à la scolarité, au mentorat, à l’ouverture culturelle ou sportive des jeunes.
  • Prendre part à une mission de réparation d’objets (ex : Repair Cafés) ou participer à des ateliers de transmission de savoir-faire.
  • Expérimenter le “télébénévolat” (conseil, accompagnement à distance, rédaction, soutien informatique, etc.).

L’avenir du bénévolat : un enjeu de société… et une formidable opportunité personnelle

À l’heure où la société vieillit et où le tissu associatif doit composer avec une demande croissante (plus de bénéficiaires, moins de ressources publiques), les retraités actifs représentent plus que jamais une solution précieuse. Leur engagement est une force d’équilibre entre générations. C’est aussi un formidable levier de réalisation personnelle, qui fait du temps de la retraite une aventure humaine, collective et inspirante.

Chacun, à sa manière et selon ses moyens, peut encore jouer un rôle majeur. Parce qu’exprimer ce que l’on a appris, partager son temps, ses idées, transmettre, c’est aussi « jubiler », encore et toujours.

Sources :

  • France Bénévolat, Baromètre du bénévolat associatif 2023
  • INSEE, Revenus et conditions de vie des seniors, 2022
  • Le Mouvement Associatif, Cartographie 2022
  • Eurofound, Volunteers and volunteering – Europe, 2021
  • Restos du Cœur, Rapport d'activité 2022-2023
  • The Journals of Gerontology, Series B, 2021

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