Retraite, nouveau départ : transmettre et accompagner les jeunes générations

17 octobre 2025

Lorsque l’expérience devient force pour demain

La retraite vient souvent avec une question : comment rester utile, continuer à s’impliquer, à transmettre ce que l’on a appris ? Face aux défis éducatifs actuels, jamais la société n’aura eu autant besoin des savoirs, des talents et des parcours des seniors. Selon l’INSEE, en France, plus de 15 millions de personnes ont plus de 60 ans [INSEE, 2023]. Une ressource humaine, sociale et solidaire immense, face à près de 12 millions de jeunes de moins de 25 ans [INSEE, 2023].

L’éducation, ce n’est pas seulement l’affaire des écoles : c’est le socle de demain, un bien commun à enrichir collectivement. Vous souhaitez participer, mais vous ne savez pas forcément comment ? De l’accompagnement scolaire au mentorat, de la transmission de savoir-faire à l’engagement associatif, les pistes sont aussi riches que variées. Explorons-les ensemble.

Pourquoi la mobilisation des retraité·es est une force pour l’éducation ?

  • Des compétences rares et transversales : Les retraité·es cumulent des années d’expertise dans des secteurs variés. Ils·elles maîtrisent autant les fondamentaux scolaires que les codes du monde du travail ou l’expérience de la vie quotidienne.
  • Un temps disponible : La liberté retrouvée de l’agenda permet de s’impliquer avec souplesse, sur du long terme, ce qui sécurise les jeunes et les structures éducatives.
  • Une posture bienveillante et valorisante : Ayant du recul, les retraité·es privilégient souvent l’écoute, la transmission, l’encouragement, créant un climat de confiance crucial pour l’apprentissage.

D’après une enquête de France Bénévolat, 37% des bénévoles actifs en France sont retraités, et plus d’un quart de leurs actions concernent directement ou indirectement la jeunesse [France Bénévolat, 2022].

Où et comment s’engager concrètement ?

1. L’aide aux devoirs et l’accompagnement scolaire

Beaucoup d’élèves rencontrent des difficultés scolaires, notamment dans les quartiers prioritaires ou en milieu rural. L’Ecole ne parvient pas toujours à tout compenser. Les associations comme l’AFEV ou Le Ciel Bleu recherchent en permanence des bénévoles pour du soutien scolaire, de l’apprentissage du français, des maths ou des sciences. Selon AFEV, près de 150 000 jeunes sont suivis chaque année grâce à l’engagement de 8000 bénévoles.

  • En quelques heures par semaine, une aide personnalisée peut changer le rapport à l’école, redonner confiance, prévenir le décrochage scolaire.
  • La mission peut se faire à domicile, dans des locaux associatifs, ou désormais en ligne.
  • Pas besoin d’être “professeur” : patience, pédagogie, envie de partager suffisent souvent pour commencer, la formation étant souvent proposée sur place.

2. Le mentorat : transmettre au-delà des cours

Le mentorat, c’est établir un lien durable avec un jeune, pour le guider dans son projet scolaire ou professionnel, l’écoute étant au cœur de la démarche. Le plan “1 jeune, 1 mentor”, lancé par l’État en 2021, vise à accompagner 200 000 jeunes par an avec des mentors issus de tous horizons.

  • Des plateformes comme 1jeune1mentor.fr facilitent la mise en relation.
  • Le ou la mentor·e partage non seulement des connaissances, mais ouvre aussi des portes, décrypte le monde du travail, aide à renforcer l’estime de soi.
  • Une relation intergénérationnelle bénéfique, qui valorise réciproquement jeunes et accompagnants.

Selon le collectif Mentorat, 73% des jeunes mentorés jugent que le mentorat les a aidés à dépasser leurs difficultés d’orientation [Collectif Mentorat, 2023].

3. La transmission de savoir-faire techniques, artistiques et manuels

Apprendre à réparer, à jardiner, à coder, à cuisiner ou à peindre : ces compétences “hors programme” sont essentielles à l’autonomie et au développement de la curiosité. De nombreuses collectivités et associations (Répar’Café, ateliers partagés, MJC, FabLabs) recherchent des seniors prêts à transmettre un tour de main, à encadrer des ateliers ou des stages.

  • La transmission de métiers manuels et d’artisanat répond aussi à des besoins économiques forts, alors que de nombreux secteurs peinent à recruter (bâtiment, industrie, soins, agriculture…)
  • C’est une façon vivante de partager la passion d’une vie ou d’un loisir, de briser les stéréotypes sur les métiers “difficiles” ou “vieillissants”.

Exemple : Le réseau des Compagnons du Devoir mobilise régulièrement des retraités pour le tutorat d’apprentis dans 29 “Maisons” en France.

4. L’engagement citoyen et associatif au service de la jeunesse

Accompagner une association, un conseil de jeunes, une junior association, contribuer à la gestion d’actions citoyennes, participer à des ateliers d’éducation à la citoyenneté dans les écoles… De très nombreux collectifs sollicitent des bénévoles seniors pour accompagner l’expression et les initiatives jeunes.

  • Les conseils locaux de jeunes apprécient les référent·es expérimentés pour offrir une écoute, structurer des projets, ou aider à leur mise en œuvre (ex: organisation d’un festival, d’une action solidaire, etc.)
  • Plus de 20% des structures associatives jeunesse sont actuellement présidées ou animées par des retraité·es selon l’étude DJEPVA-ISD [DJEPVA, 2023].

5. L’accompagnement de l’orientation et du parcours professionnel

Face à un monde du travail qui change vite, beaucoup de jeunes se sentent perdus. Témoigner de sa propre expérience, ouvrir des portes sur des métiers, organiser des visites, participer à des forums de découverte sont des façons très concrètes d’aider.

  • Les réseaux “Parrainage pour l’emploi” (par exemple, Pour l’Emploi) proposent de guider collégiens, lycéens, apprentis ou étudiants, notamment issus de milieux éloignés de l’emploi.
  • D’après Pôle Emploi, près de 90 000 jeunes ont accès chaque année à du parrainage professionnel en France [Pôle Emploi, 2022].

Les bénéfices partagés : une aventure humaine et enrichissante

Contribuer à l’éducation des jeunes après la retraite n’est pas un “one shot” altruiste. C’est un échange, une expérience gratifiante pour les deux générations.

  • Sens et utilité retrouvés : 87% des bénévoles retraités déclarent que leur engagement leur donne un nouveau sens à leur vie, selon France Bénévolat.
  • Un impact sociétal avéré : Les jeunes accompagnés par des seniors ont un taux de réussite scolaire supérieur de 15% à la moyenne, d’après une étude du CNESCO sur les dispositifs de tutorat [CNESCO, 2018].
  • Des stéréotypes dépassés : Une relation saine entre générations contribue à lutter contre l’âgisme et à retisser du lien social.
  • Une source d’inspiration commune : Les témoignages abondent sur l’enrichissement mutuel, la découverte et l’ouverture à d’autres façons de voir le monde.

Ainsi, Jean, ancien ingénieur, devenu bénévole dans un collège toulousain témoigne : « Les jeunes me montrent leur vision du monde, et moi je leur transmets mes petits trucs pour progresser. Ce n’est jamais à sens unique. » [Le Monde, 2022].

Comment se lancer ? Conseils pratiques pour oser le pas

  1. S’interroger sur ses envies, ses compétences, et son temps :
    • Préférez-vous intervenir dans votre domaine d’expertise, transmettre un loisir, ou découvrir autre chose ?
    • Combien de temps êtes-vous prêt·e à donner (ponctuel/hebdomadaire, présentiel/distanciel) ?
  2. S’informer sur les structures locales :
    • Contactez les centres sociaux, MJC, associations de quartier, mairies, ou consultez des plateformes comme France Bénévolat.
    • Recherchez du soutien et de l’écoute auprès d’autres bénévoles pour partager vos doutes ou vos bonnes pratiques.
  3. Oser essayer :
    • L’engagement bénévole n’est jamais définitif : vous pouvez tester, ajuster, changer de mission, l’important est d’oser la première rencontre.
  4. S’ouvrir à la formation continue :
    • De nombreuses associations proposent des formations à la pédagogie, à la médiation, à l’animation, accessibles à toutes et tous.

Pour aller plus loin : ressources et réseaux

Envie de faire le premier pas ? Voici quelques pistes pour débuter ou approfondir votre engagement :

La retraite, moteur d’avenir : et si c’était vous le prochain passeur ?

A l’heure où les inégalités scolaires et l’isolement inquiètent, chaque retraité·e devient un potentiel “passeur”, une courroie de transmission entre générations. Les solutions sont là, proches, parfois discretement installées dans nos quartiers ou en ligne, prêtes à accueillir de nouveaux talents, nouveaux regards, nouveaux liens. Loin d’être une parenthèse, la retraite peut être un nouvel élan pour la société et pour soi-même. Les jeunes ont besoin de farouches alliés, à nous d’oser leur tendre la main : l’impact d’un engagement, quel qu’il soit, dépasse largement la somme des heures données.

Ce temps d’après, c’est le temps de la Jubilación : celui d’oser donner, de recevoir, et de nourrir l’avenir ensemble.

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