Transmettre pour faire grandir : Devenir formateur bénévole en numérique auprès des seniors 

12 décembre 2025

Un enjeu de société : l’accès au numérique pour tous

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en France, selon le Baromètre du numérique 2023 (Crédoc/ARCEP), 13 millions de personnes – soit près d’un quart de la population adulte – restent éloignées du numérique, et un tiers des plus de 75 ans n’utilisent jamais internet. Cette fracture numérique s’accentue avec l’âge, alors même que les démarches administratives, la santé, le lien social ou les loisirs passent de plus en plus par l’écran.

Or, s’il y a bien un domaine dans lequel la transmission intergénérationnelle a du sens, c’est celui-là. Les seniors le disent eux-mêmes : ils veulent rester indépendants, comprendre les outils, garder le contact avec leurs proches. Pourtant, tant d’entre eux hésitent, se sentent dépassés ou redoutent de déranger.

C’est là que des bénévoles, formateurs, médiateurs ont un rôle essentiel à jouer. Vous avez envie d’agir utilement après votre carrière professionnelle ? S’engager comme formateur bénévole en informatique, c’est contribuer concrètement à l’autonomie et au bien-être de milliers de personnes. Voyons comment s’y prendre, étape par étape.

Pourquoi les seniors ? Le numérique n’est pas une évidence pour tous

  • L’illectronisme (le fait de ne pas savoir utiliser les outils numériques) touche 17 % de la population française selon l’INSEE, dont plus de 50 % des plus de 75 ans.
  • En 2020, 26 % seulement des plus de 70 ans déclaraient avoir déjà envoyé un mail, contre 92 % des 18-29 ans (source : Insee Première, 2022).
  • De nombreuses personnes âgées n’ont jamais été initiées au numérique dans leur vie professionnelle : pour elles, tout est à découvrir.
  • L’isolement social augmente le risque de décrochage, mais aussi l’envie de “s’y mettre” pour garder contact avec la famille, les amis, le monde.

Qui peut se lancer ? Non, il ne faut pas être informaticien !

Nul besoin d’être expert en programmation, ni même de maîtriser toutes les subtilités du smartphone ! Ce qui compte, c’est avant tout de savoir expliquer simplement, d’être patient, d’écouter et d’encourager. Il suffit souvent de connaître les bases de l’utilisation d’un ordinateur, d’une tablette, d’un smartphone, et d’oser partager ce que l’on sait déjà au quotidien.

Les qualités recherchées chez un formateur bénévole en numérique :

  • L’empathie : comprendre et accepter les peurs, les maladresses, le temps d’apprentissage.
  • L’humilité : savoir reconnaître ses propres limites, accepter de chercher ensemble des solutions.
  • La pédagogie : expliquer étape par étape, sans jargon inutile, donner confiance.
  • Le plaisir de la rencontre : créer du lien, partager des réussites, apprendre aussi de l’autre.

On retrouve souvent parmi les bénévoles des retraité·es venus de milieux très variés : enseignants, secrétaires, cadres, infirmières, techniciens, mais aussi commerçants, artisans ou tout « simplement » des personnes qui aimaient déjà rendre service à leurs proches.

Et si vous vous posiez la question… Oui, beaucoup commencent sans expérience de formation : on apprend sur le tas, avec le soutien des autres bénévoles ou de l’association (France bénévolat).

Où s’engager ? Panorama des structures accueillant des formateurs bénévoles en numérique

Il existe de nombreuses associations, réseaux, collectivités qui proposent d’animer des ateliers numériques pour seniors, partout en France. En voici quelques exemples :

  • Les Points Relais Numériques, Espaces Publics Numériques (EPN) ou Maisons France Services : dispositifs publics, présents dans beaucoup de villes et villages, accessibles à tous.
  • Associations dédiées à l’accompagnement des seniors comme Les Petits Frères des Pauvres, AGIRabcd, Old’Up, Générations Mouvement…
  • Les ateliers numériques proposés par les mairies, les CCAS, les médiathèques.
  • Les clubs informatiques associatifs présents dans de nombreuses communes, parfois intégrés à des universités du temps libre.
  • Des initiatives citoyennes individuelles : entraide de voisinage, clubs de quartier, groupes d’entraide via Facebook ou Nextdoor.

Le site Solidarité Numérique (initiative gouvernementale) répertorie sur une carte les structures près de chez vous. France Bénévolat permet aussi de trouver une mission correspondant à votre profil, sur toute la France.

Se former pour mieux transmettre : des ressources pour bénévoles

Rassurez-vous : de nombreuses associations forment gratuitement leurs futurs formateurs, avant de vous mettre en situation avec les publics. Ces formations abordent :

  • Les bases de la pédagogie auprès des adultes
  • Les spécificités du public senior : mémoire, rythme, confiance
  • La gestion du groupe ou de l’accompagnement individuel
  • Des ateliers pratiques sur PC, tablettes, smartphones
  • Des outils et ressources pour animer des séances ludiques et interactives

Parmi les ressources reconnues :

N’hésitez pas à demander à l’association qui vous accueille s’il existe un accompagnement ou un binômage entre bénévoles plus ou moins expérimentés : cela facilite les débuts et rassure.

Comment se déroule un atelier ?

Bien souvent, on commence par de petits groupes : 3 à 6 personnes, autour d’une table, parfois dans une salle de bibliothèque, de mairie ou à domicile. Le matériel est prêté (ordinateurs de la mairie ou tablettes de l’association), ou chacun apporte son propre appareil.

Les premiers pas concrets avec les seniors débutants

  • Prendre le temps de se présenter, d’écouter les attentes : chaque personne a des besoins différents (envoyer un mail, gérer des photos, utiliser WhatsApp, remplir un dossier en ligne, etc.).
  • Rappeler que “toute question est bonne à poser” : l’ambiance bienveillante est le point clé pour que les participants osent apprendre.
  • Proposer des exercices pratiques adaptés (taper du texte, déplacer un fichier, faire une recherche simple, etc.).
  • Répéter, reformuler, revenir en arrière si besoin : l’apprentissage numérique n’est JAMAIS linéaire, chacun progresse à son rythme.
  • Valoriser chaque progrès, même minime – le sentiment de réussite est primordial.

Le premier atelier est souvent un temps d’écoute et de découverte, bien plus qu’un “cours magistral”. Ce n’est qu’en plusieurs séances qu’on aborde toutes les fonctions, et que les apprenants se sentent vraiment autonomes.

Anticiper les freins et déjouer les idées reçues

  • La peur de “tout casser”, de mal faire : rassurer, montrer que l’on peut toujours revenir en arrière, et qu’il n’y a pas de honte à recommencer.
  • Le manque de confiance : insister sur le fait qu’on a tous appris, quel que soit l’âge, et rappeler que personne n’est jugé.
  • La diversité des outils : smartphones Android, iPhone, tablettes, vieux ordinateurs… Il est utile d’adapter son atelier, ou de séparer les groupes, en fonction du matériel présent.
  • La difficulté à retenir : écrire quelques fiches mémo, donner des supports simples à repartir chez soi.

Quels bénéfices pour les bénévoles ?

  • Un vrai sentiment d’utilité : chaque atelier permet de voir la progression “en direct” chez les participants.
  • Des rencontres enrichissantes : on découvre des parcours de vie, on tisse des liens parfois durables.
  • Le plaisir de continuer à apprendre : chaque session apporte son lot de questions nouvelles qui font progresser soi-même.
  • Une forme d’engagement concret, valorisant la richesse de l’expérience retraitée : transmettre ce que la vie a appris, c’est donner du sens à ce temps renouvelé de la retraite (voir étude Fondation de France 2021).

Conseils pratiques pour se lancer efficacement

  1. Renseignez-vous localement : mairie, associations, France Bénévolat, EPN, bibliothèques… Contactez plusieurs structures, proposez une première rencontre.
  2. Testez-vous : commencez par aider un voisin, un proche, pour prendre confiance. Rien ne vaut la pratique !
  3. Formez-vous au minimum : participez à une session d’accueil, consultez des fiches thématiques, échangez avec d’autres bénévoles.
  4. Sachez dire non : commencez modestement, ne vous engagez pas sur des ateliers trop lourds si vous n’êtes pas disponible chaque semaine.
  5. Créez des supports simples : flyers, fiches mémo, captures d’écran… Les seniors les apprécient et osent s’y référer.
  6. Partagez vos réussites : photos des ateliers (avec accord des participants), témoignages, comptes rendus, pour tisser la motivation et attirer de nouveaux bénévoles ou bénéficiaires.

Petite boîte à outils pour bien démarrer

  • Les Bons Clics – plateforme gratuite et collaborative : lesbonsclics.fr
  • Solidarité Numérique – ressources, fiches, vidéos pour animer un atelier : solidarite-numerique.fr
  • Emmaüs Connect – accompagnement auprès des publics fragiles : emmaus-connect.org
  • Initiatives locales – renseignez-vous auprès du CRIA (Centre Ressources Illettrisme et Analphabétisme) de votre département ou de la médiathèque municipale.

L’engagement bénévole : source de sens, de lien, et d’avenir

Accompagner des seniors débutants sur le chemin du numérique, c’est bien plus que transmettre des “compétences techniques”. C’est ouvrir la voie à l’autonomie, à la dignité, au maintien du lien, au dialogue entre générations. Les retraités qui s’impliquent dans ces missions témoignent souvent d’un élan retrouvé, de la joie d’avoir changé, même modestement, le quotidien d’autrui.

Il n’existe pas de petite victoire : que vous aidiez une personne à envoyer son premier SMS ou à naviguer sur Internet pour visiter une exposition en ligne, chaque geste compte. Dans le contexte de notre société vieillissante — où, en 2030, 1 Français sur 3 aura plus de 60 ans (source INSEE) — la contribution de chacun prend un relief particulier.

Transmettre, c’est faire grandir les autres… et soi-même. À qui tendrez-vous la main demain ?

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