Diversifier son engagement à la retraite : s’impliquer, ici ou ailleurs, autrement

18 décembre 2025

Pourquoi s’engager : l’effet tremplin de la retraite

Selon le baromètre France Bénévolat 2023, plus de 49 % des bénévoles ont plus de 60 ans(1). Cette dynamique ne relève pas du hasard. L’engagement apporte aux retraité·es un triple bénéfice :

  • Sens et utilité sociale : Contribuer à l’amélioration du quotidien d’autrui, défendre des causes, participer à des projets offre un sentiment d’utilité durable.
  • Réseaux et liens sociaux : S’impliquer rompt l’isolement, favorise de nouvelles rencontres intergénérationnelles, maintient l’appartenance à une communauté.
  • Bien-être et santé : Des études montrent que les personnes engagées se déclarent plus épanouies et ont une meilleure santé mentale(2).

Mais par où commencer ? Où trouver sa place, à la bonne distance (locale ou numérique), selon ses envies et disponibilités ?

Les engagements de proximité : agir autour de soi

Bénévolat dans les associations : le moteur du lien social

La France compte aujourd’hui plus de 1,5 million d’associations actives(3). La majorité d’entre elles repose sur l’énergie des seniors, qui représentent plus du tiers des bénévoles. Les idées pour s’investir près de chez soi ne manquent pas :

  • Soutien scolaire et accompagnement à la scolarité : Associations comme l’AFEV ou Lire et Faire Lire recherchent des retraité·es pour soutenir des enfants, lire des histoires, aider aux devoirs – une vraie source d’épanouissement et d’impact, particulièrement dans les quartiers populaires.
  • Aide alimentaire, vestimentaire, accueil d’urgence : Les Restos du Cœur, la Croix-Rouge ou les Banques Alimentaires fonctionnent largement grâce aux retraité·es qui assurent la logistique, la distribution de repas, ou l’accompagnement social.
  • Jardinage partagé, réparation solidaire : Les AMAP, jardins partagés, ateliers de réparation ou repair cafés (plus de 600 en France, d’après le réseau officiel) sont des espaces où transmettre un savoir-faire est aussi précieux que le produit final.

Se lancer dans l'engagement local permet de voir immédiatement l’impact de son action, de s’ancrer encore plus dans son territoire et de tisser de nouvelles amitiés durables.

Conseils de quartier, vie communale et démocratie participative

De plus en plus de communes proposent aux citoyen·nes de s’impliquer dans des conseils de quartier, des comités d’usagers, ou des projets participatifs (budgets, ateliers citoyens). Les retraité·es y apportent leur expérience, leur recul, et leur capacité à fédérer. Par exemple, à Nantes ou à Grenoble, ces dispositifs accueillent fréquemment des seniors parmi leurs membres actifs (source : Dossier Vie Publique).

Mentorat intergénérationnel et transmission

Le mentorat intergénérationnel n’a jamais eu autant le vent en poupe. Des initiatives comme Proxité ou DUO for a JOB mettent en relation des retraité·es expérimenté·es et des jeunes en recherche d’emploi, issus de la diversité ou en difficulté d’insertion. L’accompagnement se fait en présentiel ou en distanciel, selon les besoins et les profils.

Quelques chiffres éloquents : selon l'association France Bénévolat, 35 % des missions d'accompagnement à l’emploi sont assurées aujourd’hui par des retraité·es. Pour un.e jeune, bénéficier du regard extérieur, des conseils ou du carnet d’adresses d’une personne plus expérimentée, peut faire la différence.

Culture, patrimoine et vie locale

Entretenir l’histoire locale, dynamiser un musée, guider des visites, organiser des manifestations culturelles… Les seniors sont aussi très présents dans la sauvegarde et la transmission du patrimoine, par exemple via l’Union REMPART ou Patrimoine-Environnement. Des missions de découverte, souvent enrichissantes sur le plan personnel, et parfois physiques !

Les engagements à distance : le numérique comme nouvel espace d’action

Bénévolat en ligne : s’ouvrir au monde depuis chez soi

Le développement des plateformes numériques ouvre des possibilités inédites à celles et ceux qui préfèrent (ou doivent) agir à distance, mais veulent rester actifs :

  • Lecture de manuscrits, traduction, correction de documents : Des sites comme Babelcube permettent à des retraité·es polyglottes, par exemple, de traduire bénévolement des œuvres autoéditées. Certains réseaux d’auteurs (Wikipédia, OpenStreetMap) recherchent aussi des relecteurs et rédacteurs bénévoles.
  • Soutien scolaire et mentorat à distance : Du soutien informatique sur SOS Ordi au mentorat scolaire sur Soutien67, aider à distance ne nécessite souvent qu’un ordinateur et un peu de temps.
  • Participation à des projets citoyens ou open source : La cartographie collaborative (via OpenStreetMap), la transcription participative (grâce à la Bibliothèque nationale de France sur Transcrire), ou l’analyse collaborative de données scientifiques (sur Zooniverse), permettent d’investir ses compétences pour le bien commun, à l’échelle mondiale.

Clubs, groupes d'intérêt et solidarité à distance

L’émergence de forums spécialisés, de groupes Facebook, et de réseaux comme Les Talents d’Alphonse (plateforme proposant des micro-missions entre seniors et juniors), permet aux retraité·es :

  • de proposer des ateliers à distance (couture, cuisine, informatique…) ;
  • d'apporter un soutien moral ou administratif à des publics isolés via le téléphone ou la visio ;
  • d’intégrer ou d’animer des groupes de discussion ou d’entraide thématiques (alimentation, environnement, parentalité, etc.).

Cette forme d’engagement hybride rompt la solitude numérique et valorise l’expérience acquise tout au long de la vie.

Mobilisation citoyenne et engagement pour les causes collectives

Militer pour l’environnement, les solidarités, les droits

Les enjeux globaux (climat, biodiversité, justice sociale, égalité…) interpellent profondément les seniors, qui s’investissent de plus en plus dans les mouvements citoyens, les ONG, ou les collectifs locaux.

  • Ecologie citoyenne : Les groupes locaux d’Extinction Rebellion, Alternatiba, ou ANV-COP21 accueillent toutes les générations dans leurs actions pour le climat, que ce soit sous forme de plaidoyer, de mobilisation, de logistique ou d’appui administratif.
  • Défense des droits : Les collectifs de défense des droits des seniors (France Assos Santé, Union Française des Retraités) montée en puissance, avec comme objectif la lutte contre l’isolement ou la défense de l’accès aux soins, par exemple.
  • Actions solidaires ponctuelles : Les collectifs citoyens (solidarité migrants, hébergement d’urgence, soutien à la parentalité) ont régulièrement besoin de renforts, particulièrement lors de crises (épidémies, catastrophes, fêtes de fin d’année, etc.).

Engagement politique et citoyenneté active

Selon un sondage IFOP de 2023, les plus de 60 ans représentent 35 % des adhérents des partis politiques français(4). L’engagement ne signifie pas seulement militer dans un parti, mais aussi :

  • Participer à des collectifs non partisans (débats citoyens, jurys citoyens, référendums locaux) ;
  • Soutenir des campagnes d’information ou de pétition en ligne ;
  • Agir en tant que médiateur, conciliateur de justice, ou assesseur lors des scrutins.

Autant de missions où la sagesse issue de l’expérience trouve toute sa place.

Transmettre, accompagner, (se) renouveler

L’engagement n’est pas toujours « visible » : parfois, il prend la forme de la transmission informelle (partage de souvenirs de vie en maison de retraite, ateliers mémoire, témoignages dans les écoles), de l’écoute (parrainage, ligne d’écoute), ou du compagnonnage artisanal ou artistique. Le réseau Les Passeurs de Mémoire en France, ou StoryCorps à l'international, illustrent cette vocation : raconter, transmettre, ouvrir les horizons. Un acte d’utilité profonde, à l’heure où la mémoire des anciens est une ressource précieuse et trop souvent sous-estimée.

Comment trouver l’engagement qui vous ressemble ?

Avant de se lancer, il est utile de se poser quelques questions :

  • Quelles causes me touchent vraiment ?
  • Ai-je envie d’un engagement « ponctuel » ou « régulier » ?
  • Quels savoir-faire, compétences ou passions ai-je envie de mobiliser ?
  • Préfère-je agir en collectif, en équipe, ou en solo ?
  • Est-ce que je privilégie l’action locale, ou l’action à distance ?

Des plateformes comme JeVeuxAider.gouv.fr (service public français du bénévolat), France Bénévolat, ou Benevolt.fr, recensent des milliers de missions accessibles à tous les profils et tous les rythmes.

L’engagement des retraité·es, une nouvelle façon d’être utile

Chaque parcours, chaque savoir-faire, constitue une richesse inestimable pour la société. L’expérience montre que la retraite est souvent le moment où l’on peut s’autoriser à explorer, à inventer de nouvelles formes d’engagement, sans le poids de l’obligation, mais avec la liberté de choisir et de transmettre. Que ce soit auprès d’enfants, de jeunes, d’aînés, pour la planète ou pour une cause locale, les possibilités sont immenses : ce qui compte, c’est d’être en mouvement, de donner et de recevoir, et de continuer à construire, à tout âge. La société de demain a besoin de cette énergie disponible : la « jubilación » est plus que jamais un temps pour s’ouvrir à l’inattendu… et pour inspirer, aussi, les plus jeunes générations.

Sources :

  • (1) Baromètre annuel du bénévolat France Bénévolat / IFOP 2023
  • (2) Enquête « Vieillir en France », Drees, novembre 2023
  • (3) Chiffres Insee, panorama associatif 2022
  • (4) Sondage Ifop pour le JDD, avril 2023

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