Gérer intelligemment son épargne et ses placements à la retraite : mode d’emploi pour une nouvelle liberté

21 août 2025

Du salaire au revenu de retraite : comment redéfinir ses objectifs ?

Dans la vie active, l’épargne répond souvent à la préparation d’événements (études des enfants, achat immobilier, soutien familial, etc.), mais une fois à la retraite, les priorités changent fondamentalement. Selon la DREES, la pension mensuelle moyenne nette des nouveaux retraités du régime général était de 1 227 € en 2021 (DREES, 2023). En général, les revenus baissent d’environ 25 % par rapport à l’activité professionnelle. Il s’agit alors de repenser ses besoins et d’organiser ses actifs pour préserver son rythme de vie, tout en anticipant les imprévus et les envies nouvelles.

  • Stabiliser son niveau de vie : Faire un point réaliste sur ses dépenses actuelles et futures (loyer, santé, loisirs, aides), sans sous-estimer les imprévus ni oublier les envies d’ailleurs : voyages, bénévolat, projets solidaires.
  • Réfléchir à la transmission : Préparer la suite, mais aussi prévoir d’éventuels dons, donations (à ses proches ou à des causes qui nous tiennent à cœur).

Le nouveau visage de l’épargne à la retraite

Une idée reçue laisse penser que la retraite impose de figer ses placements sur des supports sécuritaires. En réalité, il existe une réelle marge de manœuvre sur la façon de « piloter » son patrimoine, même passé l’âge pivot. L’allongement de la durée de vie – l’INSEE estime l’espérance de vie à la retraite à environ 23 ans pour une femme qui part à 62 ans (INSEE, 2023) – invite à une réflexion dynamique, loin du tout-prudentiel.

  • Le matelas de sécurité : Une épargne de précaution équivalente à 6 à 12 mois de dépenses courantes est recommandée (source : Banque de France, 2023).
  • Des supports diversifiés : Livrets réglementés, assurance vie, SCPI, PEA, immobilier, obligations, produits structurés… éviter de tout concentrer sur un seul type de support.

Le Conseil supérieur de l'éducation financière indique qu’en 2022, à la retraite, 40 % des ménages français détiennent un contrat d’assurance-vie, 14,7 % détiennent un PEA, et près de 65 % possèdent un livret A ou LDDS (Banque de France, 2023).

Inspiration : trois profils de retraité·es et leur gestion de patrimoine

  • Claude, 65 ans, retraité du secteur public : Tire parti de la stabilité de sa pension pour continuer à s’investir dans des SCPI solidaires et des fonds ISR (Investissement Socialement Responsable), tout en gardant une épargne de précaution sur Livret A et Livret Développement Durable.
  • Sylvie, 72 ans, entrepreneure retraitée : A choisi de vendre un bien locatif pour dynamiser son contrat d’assurance-vie, diversifié entre fonds euros et unités de compte en actions européennes, privilégiant des thématiques solidaires.
  • Ismaël, 67 ans, retraité ouvrier : Dispose de peu d’épargne financière mais gère sa maison de famille et si besoin, recourt à la vente en viager partiel pour dégager un complément de revenus tout en restant chez lui.

Chacun, selon sa situation, peut trouver son équilibre et ses leviers.

Faire des choix sécurisés, mais pas frileux

S’il est naturel de vouloir sécuriser ses acquis, attention à ce que la prudence n’engendre pas une exposition excessive à l’érosion monétaire. L’inflation a atteint 4,9 % en 2022 selon l’INSEE, alors que le Livret A est resté sous 3 % la même année : le capital « dormant » perd ainsi du pouvoir d’achat. Sous-valoriser la part d’actifs dynamiques (actions, SCPI, fonds thématiques) peut coûter aussi cher que de trop prendre de risques.

  • Se poser la bonne question : Ai-je vraiment besoin de tout mon capital à court terme, ou puis-je en immobiliser une partie ?
  • Pourquoi ne pas préserver une part de dynamisme ? Les assureurs recommandent pour les plus de 65 ans de maintenir malgré tout 15 à 20 % d’unités de compte en actions ou immobilières (source : France Assureurs).

Placements à impact, investissement social et utilité sociale : la retraite engagée

La question du “sens” s’impose : pourquoi son argent ne contribuerait-il pas, aussi, à transformer la société ? Aujourd’hui, l’épargne solidaire connaît une croissance rapide (33 milliards d’euros orientés vers l’ESS en 2023, selon Finansol), via les fonds solidaires, les associations, voire l’investissement direct dans des projets locaux porteurs d’impact.

  • Fonds ISR et solidaires : Ils sont maintenant accessibles dans la plupart des contrats d’assurance-vie, PEA ou PER.
  • Crowdfunding citoyen : Financer une entreprise sociale, une ferme bio, ou un habitat partagé, c’est donner du sens à son épargne – même avec des petits montants. Plateformes à surveiller : Lita.co, Miimosa, Blue Bees, Enerfip, etc.
  • Mécénat et dons : Faire des dons en numéraire ou en actions permet des réductions fiscales (jusqu’à 75 % sur les dons à certains organismes).

Optimiser les aspects fiscaux et successoraux

Le passage à la retraite doit aussi être l’occasion de faire le point sur les conséquences fiscales de ses choix. Les retraits d’assurance-vie bénéficient encore d’une fiscalité avantageuse après 8 ans : seuls les intérêts au-delà de 4 600 € (pour une personne seule) sont soumis à l’impôt (pour les primes versées avant 2017, l’abattement s’applique encore après l’âge de la retraite – Service Public).

  • Gérer ses rachats intelligemment : Privilégier les retraits partiels, lisser sur plusieurs années, anticiper les tranches d’imposition.
  • Anticiper l’éventuelle dépendance : Penser aux contrats dépendance, et conserver une épargne liquide mobilisable à court terme.
  • Préparer la transmission : Assurance-vie, donation-partage, SCI… chaque outil offre des spécificités qu’il peut être pertinent de revisiter à la retraite, notamment en arbitrant selon la fiscalité.

Mieux vivre avec moins : la retraite n’impose pas la réduction

Il n’y a pas que le rendement qui compte : la puissance de l’épargne à la retraite est aussi dans la souplesse et l’ingéniosité avec laquelle elle permet de concrétiser des envies qui n’étaient pas forcément possibles avant. Micro-projets locaux, solidarité, financement d’initiatives collectives, partage intergénérationnel, ou soutien à la création culturelle sont autant de manières de “placer” son argent autrement.

  • Adhérer à une coopérative citoyenne (EnR, circuit-court, mobilité douce).
  • Prêter à des associations de quartier ou des initiatives sociales via des plateformes dédiées.
  • Participer à des appels à projets ou des fonds de dotation locaux.

Les outils à disposition : panorama complet à la retraite

Produit Rendement moyen (2023) Fiscalité à la retraite Risques Flexibilité
Livret A/LDDS 3 % net Exonéré Faible Liquidité totale
Assurance-vie (fonds euros) 2,5–2,7 % Fiscalité avantageuse après 8 ans Faible Bonne, rachat partiel
Assurance-vie (unités de compte) Variable : 3 à 8 %/an, parfois plus Fiscalité idem, dépend du timing de rachat Moyen à élevé Rachat possible
PEA (actions européennes) Variable (long terme : 6–7 %) Exonération après 5 ans Volatilité du marché Moyenne, blocage partiel
Immobilier locatif/SCPI 4 à 5,5 % brut Imposés aux revenus fonciers Vacance locative, risques marchés Moins liquide
Produits solidaires/Fonds ISR Variable (2 à 4,5 %) Fiscalité selon le support Dépend du sous-jacent Variable

Quand solliciter un accompagnement professionnel ?

Si la gestion de son épargne peut sembler parfois technique ou intimidante, il est pertinent de ne pas rester seul face aux choix stratégiques. Conseillers bancaires, conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI), associations de consommateurs, plateformes d’épargne solidaire… Les ressources sont nombreuses et variées.

  • Évitez de signer dans la précipitation : un contrat d’assurance-vie ou un produit complexe se réfléchit, idéalement, après au moins un rendez-vous conseil, indépendant autant que possible.
  • Renseignez-vous sur les frais :  la moyenne sur l’assurance vie en France est de 2 % par an sur les unités de compte selon l’AMF, ce qui doit être anticipé dans le calcul de la rentabilité (source : AMF).
  • Privilégiez les labels de confiance : Label Finansol (épargne solidaire), ISR, ou Greenfin pour l’environnement (voir labelisr.fr).

Vers une retraite active, connectée et partagée – et si votre argent devenait moteur ?

La gestion de l’épargne à la retraite n’a rien d’une affaire vieillissante ou monotone. C’est aussi un art de rester vivant, de faire circuler l’énergie et le sens dans la société. Que ce soit pour continuer à soutenir ses proches, s’engager dans la vie locale, donner un coup de pouce à des projets innovants ou s’assurer de beaux jours, rien n’est figé. La liberté nouvelle acquise avec la retraite demande un peu de préparation, certes, mais elle ouvre surtout une période de maturité, d’élan et de transmission rare.

En définitive, piloter ses placements, ce n’est pas « épargner pour épargner », mais choisir ce que l’on veut nourrir pour soi, ses proches, ses valeurs. La retraite, loin d’un repli, devient une occasion concrète d’inventer déjà un autre monde.

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